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                Un mot affiché  dans notre guest-house propose quelques places pour un tour de douze jours dans les steppes mongoles. Avec deux amis belges, nous décidons de prendre contact avec Nyambat, notre guide-chauffeur-cuisinier. Il est professeur d'agriculture à l'université d'Ulan Bator et parle anglais. Notre périple se terminera chez sa soeur , chamane  de son village.

 

20 juillet. Départ pour la steppe Dans le minibus de Nyambat.

 A quelques kilomètres de la capitale, déjà, nous découvrons d'extraordinaires paysages. Sur les steppes immenses, on ne voit que l'herbe rase à perte de vue, sans le moindre arbre, sans ombre. Quelques collines, des troupeaux de vaches, de moutons, de yacks, de chevaux ou même de chameaux, et des gers, points blancs isolés qui parsèment ce désert vert. 

             Nous roulons d'abord pendant 250 km sur une route bitumée en très mauvais état, puis sur une piste épouvantable. Notre moyenne est de 20 km/h seulement ! Nous nous dirigeons à l'ouest vers Kharakhorin (ou Karakorum), capitale de Gengis Khan en 1220. 

            Nous atteignons cette ville au bout de deux jours, mais il n'y a plus aucun bâtiment d'origine, juste un temple que nous visitons. C'est une déception pour nous qui avons mis tant de temps pour venir ici. Heureusement la beauté des paysages nous remplit d’émerveillement. haut de page
  Tous les soirs, nous dormons sous tente, dans la nature, près des rivières ou des lacs. Des amis nous ont offert une petite tente très légère que nous garderons tout notre voyage. Nous avons la surprise au petit matin de voir des vaches se découper en ombre chinoise sur les parois de la tente, ou des troupeaux de chevaux demi-sauvages venir s'abreuver près de notre campement. Très souvent des cavaliers surgissent de nulle part et viennent nous observer, nous faire admirer leur magnifique selle dont le troussequin est recouvert d'argent ciselé, boire un thé et partager nos repas toujours identiques.  Avant de partir, Nyambat a acheté des provisions : une grande quantité de pain, des boites de conserve (sardines et sorte de pâté de porc) et de la confiture. Le matin, nous déjeunons de pain, de confiture, de pâté et de sardines. 

Le symbole de la Mongolie

  Le midi, nous casse-croûtons de pain, de pâté, de sardines et de confiture en dessert. Le soir, notre guide nous fait un peu de cuisine : riz ou spaghettis en sauce avec... sardines ou pâté...
           Nous sommes étonnés par le minibus et son chauffeur : ils passent partout, ou presque. Les pistes bosselées endommagent tout de même notre véhicule. Un soir, nous cherchons un lieu de campement. Un pneu crève mais nous roulons tout de même encore un peu quand soudain nous entendons un grand bruit et sentons le minibus qui s'affaisse. haut de page
Mais pourquoi s'inquiéter, on ramasse les quatre boulons et c'est reparti.

Quelques jours plus tard.

           Nous continuons notre périple vers le nord à travers un paysage qui devient de plus en plus boisé. Plus on approche du lac Khösgöl, plus le terrain est vallonné et plus il y a de rivières. Les crues de l'an passé ont emporté un pont et nous obligent à faire un détour pour traverser sur un bac formé de planches posées sur deux sortes de coques en ferraille.
       Au premier cours d'eau important à traverser, Nyambat nous dit :"on va manger ici et attendre que le niveau baisse". Il pose quelques petits cailloux sur la rive pour indiquer la hauteur de l'eau. Une heure plus tard, le niveau n’a baissé que de quelques millimètres. Nyambat se déchausse alors, relève le bas de son pantalon et parcourt la rivière pour repérer un passage carrossable. Nous remontons dans le minibus et nous nous lançons dans l'eau. Le lit est formé de gros galets ronds sur lesquels les pneus dérapent, mais après quelques inquiétudes, nous remontons sur la rive opposée. Pour fêter cela, nous buvons un verre de vodka. Nous ne sommes pas au bout de nos peines, et quelques traversées et une bouteille de vodka plus loin, nous devons affronter un cours d'eau bien plus profond que les précédents. "It's finish" dit Nyambat qui nous fait descendre du véhicule et enlever toutes les affaires du plancher pour les poser sur la banquette. De l'autre côté, la piste sort de l'eau sur une rive escarpée et caillouteuse. Pas moyen de passer par ailleurs. Notre ami se met au volant, s'élance, franchit les deux tiers du lit... et cale. L'eau envahit le plancher du véhicule, le moteur est véritablement noyé. Oui, c'est finit... Sur la rive opposée, deux mongols ont observé la scène. Nyambat discute avec eux et un enfant s'éloigne à cheval. Plus tard, deux cavaliers viennent à nous : ce sont les guides qui doivent nous accompagner lors de notre randonnée à cheval. Ils nous attendaient quelques kilomètres plus loin depuis deux jours car avec les détours et les imprévus, nous avons mis cinq jours au lieu de trois à parcourir le trajet depuis Ulan Bator. Nous traversons la rivière à cheval (drôle de baptême pour Vincent et Alain qui ne sont jamais montés à cheval) et retirons du minibus toutes nos affaires. Le pain est un peu mouillé mais ce n'est pas grave. Nos amis mongols tentent de sortir le véhicule de l'eau en y attelant des chevaux puis un yack. Rien à faire. Heureusement, comme c'est la piste principale pour se rendre au lac Khösgöl, des jeeps passent bientôt et traînent le minibus sur la rive. Nyambat nous assure qu'une fois sec, il redémarrera. Nous campons donc là, et pour fêter l'événement, nous savourons de délicieuses brochettes d'agneau et buvons les quelques bières que nous avions emportées. La fête, quoi ! haut de page

25 juillet. Randonnée à cheval

     Nous nous réveillons sous la pluie. En attendant qu'elle cesse, nous discutons en regardant les petits chevaux qui vont devoir nous supporter (ou que nous allons devoir supporter ?). Pour tranquilliser les deux débutants, Nyambat promet un rythme lent : 3 ou 4 heures de chevauchée par jour. Il nous donne rendez-vous dans trois jours. Nous observons nos nouveaux guides.

     Ce sont de véritables cow-boys : petits, trapus, la carabine en bandoulière (il y a des ours dans les forêts), le tabac et le papier journal pour rouler les cigarettes glissés dans les bandes de tissu qui leur servent de chaussettes, ils sont vêtus d'un del, longue et lourde veste en feutre noir serré par une ceinture de tissu coloré, coiffés d'un chapeau, chaussés de bottes de cuir. Ils ne parlent que le mongol, et montent à cheval comme tous les habitants de la campagne depuis leur plus tendre enfance. C'est parfois stupéfiant de voir les jambes des vieux : les chevilles partent obliquement des pieds et les jambes sont incroyablement arquées. En tout cas, nos guides ne doivent pas se souvenir de  la fatigue éprouvée par des cavaliers débutants. haut de page

 

     Nous montons à cheval. Nous avons des selles russes avec des petits coussins pour les rendre plus confortables. Le chemin serpente jusqu'au lac où nous pique-niquons vers 15 heures. Nous grimpons maintenant à flanc de montagne sur un sentier escarpé, tour à tour boueux et rocailleux. 
       Deux heures plus tard, nous commençons à ressentir la fatigue.  Cela ne nous empêche pas d'admirer l'immense panorama que nous surplombons. Au loin, le lac est entouré de superbes montagnes couvertes de forêts.  haut de page
Nous nous arrêtons près d'un col où se dresse le tippy sommaire d'une famille d'éleveurs de rennes. Nous sommes invités à boire un bol de lait de rennes coupé à l'eau bouillante (plus tard, on nous dira que le lait est en fait coupé à l'urine de renne !).
Le lendemain, après une toilette éclair dans l'eau glacée d'une rivière, nous remontons en selle. Les muscles des cuisses sont douloureux, les fesses sensibles mais on oublie vite ces petits maux. Nous descendons de l'autre côté de la montagne. 
Lorsque nous arrivons sur le plat, Vincent me confie son envie de galoper. Je lui indique un terrain favorable, me place devant lui et lance mon cheval au galop. Je me retourne pour voir si tout va bien : son cheval galope déjà et Vincent, la main agrippée au pommeau de la selle me fait un grand sourire.

 

Ce soir-là, après 7 heures de cheval (où sont les trois petites heures promises ?), nous nous amusons à tirer à la carabine sur une boîte de conserve : c'est le vieux guide qui l'emporte en tirant deux fois dans le même trou ! Le lendemain nous marchons dans un lit de rivière à sec. 
La progression est lente car le sol est tapissé de gros galets qui rendent la marche difficile. Vers 16 heures, la pluie se met à tomber et le ciel s'assombrit sérieusement.  Soudain, un éclair et un coup de tonnerre font sursauter nos chevaux. Nos guides décident de monter le camp sous des sapins. Il pleut à torrent mais ça ne les empêche pas de nous monter un abri en deux minutes puis d'allumer un grand feu.
Quatrième jour. Nos guides nous réveillent tôt, c'est signe que la journée sera longue : il faut rattraper le temps perdu la veille. Effectivement, nous voilà partis au petit trot. 
A cette allure, on a l'impression que les mongols sont assis dans un fauteuil alors que pour nous c’est assez inconfortable.  Notre journée durera 9 heures, avec de longues périodes de trot. Enfin, nous nous arrêtons pour bivouaquer près d'une petite maison en bois. Les propriétaires nous offrent un délicieux yaourt de yack et nos guides nous préparent une bouillie de riz au pâté de porc. Par contre, l'eau du thé sent si mauvais que nous n'osons pas en boire. haut de page
29 Juillet - Plus que quelques heures de cheval

Une dernière matinée à cheval termine cette randonnée inoubliable.  

Nous avons connu la fatigue, c'est vrai, mais aussi l'ivresse des galops à travers la forêt ou les steppes, le plaisir du contact avec nos montures, l'hospitalité des mongols, les détentes autour des flambées le soir, et nous avons fini par prendre goût à cette vie de cow-boy avec nos guides

Nous sommes maintenant accueillis dans la famille de Nyambat qui vit dans de petites maisons en bois près d'un lac. Nous nous installons dans une yourte, sur d'immenses peaux d'ours odorantes. Notre plus jeune guide a tué l'un d'entre eux il y a quelques mois.
                  

                                                Une soirée en compagnie d'une Chamane.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ce soir, nous avons de la chance, c'est la pleine lune et la sœur de Nyambat qui est chamane nous invite à assister à une séance de chamanisme. Dans la famille, il y a sept générations de chamans. Un chaman est déclaré à la mort du précédent. C'est souvent une personne au comportement un peu différent des autres : la sœur de Nyambat avait des absences d'une dizaine de minutes, d'autres peuvent être végétariens.

Un chaman est un intermédiaire entre les hommes et les dieux. Il accompagne l'âme des mourants et peut aider à régler des problèmes, guérir, se protéger des mauvais esprits... Ce soir, neuf personnes (enfants et adultes) ont une demande à faire, même minime. Nyambat va par exemple demander à sa sœur de protéger notre voyage retour.

La sœur de Nyambat, aidée d'un de ses fils, met son costume : bottes en peau, veste et couronne auxquels sont accrochés et pendent des écharpes de tissu bleu et des lanières de cuir avec quelques grelots. La chaman prend un grand tambourin et une sorte de spatule en bois dont l'extrémité est recouverte de fourrure et chante en frappant le rythme. Les chants s'enchaînent et reviennent, la chaman danse en faisant tinter ses grelots. Puis elle s'assied en tailleur. Pendant ce temps son mari lance de l'eau vers le plafond et les quatre coins cardinaux avec une sorte de cuillère plate. C’est pour honorer le feu, le ciel, l’eau et les ancêtres. Des encens enfument la pièce. De temps en temps, la chaman s'arrête et son fils lui donne à boire dans un petit ramequin posé sur l'autel de la maison. Nous nous attendions à suivre une cérémonie sacrée, entourée de gens respectueux, silencieux et attentifs. Il n'en est rien : tout le monde parle, fume, sort de temps en temps. Au bout de trois quarts d'heure environ de chants, la chaman est prête et laisse pendre sa spatule par une lanière attachée au manche. Elle la fait tourner. Le premier demandeur s'avance alors et tend le bas de son pull pour y recevoir la spatule. La chaman laisse tomber celle-ci trois fois sur le tissu tendu, son fils la lui redonne à chaque fois. Elle semble ensuite sentir ou "goûter" la spatule, puis se remet à chanter et s'arrête pour "écouter", l'oreille près de son tambourin. Puis plusieurs cérémonials sont possibles :

- La chaman se remet à chanter, semblant donner une leçon au demandeur

- Elle se fait donner un petit verre rempli d'un liquide qui reposait dans un bocal sur l'autel, le "sent" et chante. Le demandeur doit boire le verre pendant le chant suivant.

- La chaman fouette la personne avec ses lanières, à grands moulinets des bras

- Le demandeur doit s'allonger sur le ventre, les pieds en direction de la porte qu'on ouvre. La chaman, en chantant, le fouette puis pose son tambourin sur la tête du demandeur et le fait glisser sur son corps. Elle recommence son geste en frappant sur le tambourin et finit par un grand coup en direction de la porte ouverte. Elle semble vraiment chasser les mauvais esprits.

La séance se prolonge tard dans la nuit, totalisant quatre heures de chants environ.

 

 

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