Partir un an... Voyager, découvrir des pays....
On part en fait bien avant le décollage de l’avion, et l’émotion du voyage commence beaucoup plus tôt, amenée par une multitude de petits plaisirs, de pensées, d’espoirs, qui débutent dès que l’idée de partir nous effleure.
Depuis toute petite déjà, Corinne rêve de voyager. Au fil des années, elle a pu se rendre dans quelques pays : Irlande, Angleterre, Espagne, Tunisie, Grèce, Niger. Puis, ensemble, nous sommes allés en Turquie, Inde et Ladakh, Namibie, Zimbabwe, Afrique du Sud.
Nous aimons voyager ! Quand on arrive dans un pays, on observe d’abord les gens, les habitations, les modes de vie, les coutumes. Puis, timidement, on essaye de s’y couler, de vivre (presque) comme les gens du pays. Il faut alors se déshabiller de sa propre culture pour essayer de se fondre dans une autre, de la comprendre. Et quand peu à peu on réagit comme les habitants, quand le quotidien ne se pose plus comme un problème, alors on commence vraiment à entrer dans un autre monde. Notre regard sur les choses tend alors à être double : c’est le nôtre, ancré dans la culture française, et c’est celui du pays qui nous accueille. On découvre des émotions, des préoccupations qui n’avaient jamais été les nôtres, on apprend à relativiser nos envies, nos problèmes.
Voyager, c’est se dépayser, se forcer (avec plaisir) à quitter la sécurité, la routine. Il y a bien sûr des "galères", des peurs, des moments de solitude, d’incertitude. Mais ces moments aussi peuvent être enrichissants : seuls, nous n’avons pas d’autre choix que de les surmonter.
Nous avons déjà ramené de nos voyages beaucoup d’émotions, de fous-rires, de regards, d’odeurs, de sons. Nous comptons continuer.
Voyager pendant une longue durée était un rêve que j’avais un peu abandonné, faute de trouver ou les moyens financiers ou le partenaire susceptible de m’accompagner. Mais maintenant, je suis institutrice et je vis avec Vincent, instituteur lui aussi. Nous savons qu’il est possible d’obtenir des années de disponibilité, non rémunérées, mais avec l’assurance d’avoir un poste au retour. Il ne manque alors que l’ambition de tout quitter pendant un an.
La première fois que nous évoquons l’idée d’un voyage d’une année, c’est en février 1998. Ce jour-là, nous en parlons comme d’un rêve plaisant, sans envisager de concrétiser notre idée. Cependant, au cours des quelques semaines qui suivent, nous abordons le sujet plusieurs fois, en feuilletant un atlas du monde, et chaque fois nous dessinons un trajet, nous imaginons des destinations. Notre discours mue peu à peu : nous parlons tout d’abord de tout cela au conditionnel, puis nous nous mettons à rêver au futur. Une question simple revient de plus en plus souvent sur nos lèvres : est-ce possible ? Et la réponse se transforme au fil des jours, passant d’un "pourquoi pas" amusé à un "oui" de moins en moins hésitant. Et c’est déjà le premier plaisir, le premier frisson : sentir que l’on va prendre une décision un peu extraordinaire, qui va nous engager pour plusieurs mois. Six semaines plus tard, nous arrêtons une date : nous partirons en juillet 1999. Nous voulons essayer de prendre notre temps pour visiter les lieux, rencontrer des gens, vivre au rythme local. Après discussion, nous décidons de commencer par l’Asie. Nous nous envolerons pour la Russie, et après avoir passé trois jours à Moscou, nous emprunterons le transmongolien jusqu’à Ulan Bator, capitale de la Mongolie. Nous passerons quelques temps là-bas, avant de rejoindre la Chine, toujours en train, puis de descendre dans les pays frontaliers (Laos, Cambodge, Indonésie...) C’est en Asie que nous passerons la plus grosse partie de notre séjour, car ce continent nous tente beaucoup. Nous avons déjà passé six semaines en Inde et au Ladakh, et nous avions réellement apprécié ce séjour. De plus, la plupart des pays asiatiques offrent la possibilité de vivre à très peu de frais. Nous passerons donc le premier de l’an 2000 quelque part en Asie, ou en Indonésie. Ensuite, nous pensons aller en Afrique voir un ami nigérien que je n’ai pas vu depuis 11 ans.
Quelle liberté ! Nous aurons un sac sur le dos, de l’argent en poche et le choix de notre route ! J’avoue que d’y penser, j’ai l’impression de revivre, d’avoir quelques bouffées d’air supplémentaires.
Lorsque nous évoquons ce voyage devant des amis, leurs yeux qui se mettent à scintiller nous confirme, s’il en est besoin, que notre projet est excitant. Ces expressions étonnées ou quelquefois admiratrices réveillent notre fierté : oui, nous, nous allons tout quitter et vivre des choses extraordinaires. Pourtant, des centaines de personnes partent ainsi chaque année, et beaucoup ont des entreprises bien plus ambitieuses. Mais là, c’est de nous qu’il s’agit.
Devant un verre de vin, avec des amis, nous imaginons d’abord les pays traversés, les péripéties quotidiennes. Puis nous soulevons des problèmes matériels : quelle somme d’argent faut-il prévoir ? Nous estimons qu’une somme de 50 000 F par personne pour l’année devrait suffire, mais nous ne savons absolument pas si cette somme est raisonnable. Et puis au retour, il faudra payer les impôts, donner une caution et payer un loyer... Comment garder une bonne couverture sociale ? Que faire des véhicules ? Où entreposer nos quelques meubles ? Qui s’occupera des formalités annuelles (dernières factures, déclaration d’impôts,...) ?
Là, petit à petit, les problèmes s’accumulent : il faut compléter nos vaccinations (ça coûte très cher !), prendre sans cesse des rendez-vous, téléphoner sans relâche aux organismes de toute sorte : sécurité sociale, assurance rapatriement, banque, centre d’impôts,... Tout le monde ne sait pas comment il faut faire dans notre cas : ici, on nous dit que toutes nos factures médicales nous seront remboursées au retour. Là on nous dit que non... Ailleurs, on ne comprend pas qu’il nous est impossible de donner une adresse où nous joindre à l’étranger...
Et les visas ! Pour obtenir les visas chinois et russe, il faut se déplacer à Paris (ou y envoyer quelqu’un). De plus, pour la Russie, il faut des réservations d’hôtel pour avoir le tampon d’entrée. Et pour la Mongolie, il faut un ticket d’entrée et un ticket de sortie du territoire ! Donc pour obtenir le visa mongol, il nous faut au préalable avoir les visas russe et chinois, mais pas trop tôt tout de même car ces autorisations ne sont valables que 3 mois à partir de la date de délivrance !...
Trois écoles sont décidées à suivre notre périple. J’emmène un cahier dans lequel je compte écrire tous les jours. C’est à partir de mes carnets de voyage que Corinne résumerai notre périple à notre retour et c'est avec le travail de Corinne que je tenterai de faire un site afin de faire partager notre petite expérience.
Allez, prenez votre sac à dos, il faut partir...